Justice

Attentat de Magnanville : six ans plus tard, où en sommes nous ?

13 juin 2022
Temps de lecture : 5 minutes

Jessica Schneider et Jean-Baptiste Salvaing officiaient tout deux au commissariat de Mantes-La-Jolie. Le 13 juin 2016, Larossi Abbala leur assène des dizaines de coups de couteaux sous les yeux de leur fils de trois ans. Depuis ce jour, la stupéfaction et l’effroi engendrés par cette affaire continuent de marquer les esprits. Quel état des lieux pour ces attaques perpétrées contre les forces de l’ordre six années après les faits ? Funeste rétrospective et état des lieux juridiques.


Après sa journée de travail, le commandant de police Salvaing rentre dans son pavillon de Magnanville. A quelques mètres, un assaillant est dissimulé derrière le portail de l’allée. Surgi de l’ombre, il attaque le gardien de la paix au couteau, avant de se retrancher dans la maison où il égorgera Jessica Schneider, policière elle aussi, et mère de famille. Le RAID est immédiatement prévenu par le voisinage qui a assisté, horrifié, à la scène. Dans les heures qui suivent, il sera abattu laissant comme seul tribut un enfant de trois ans, estomaqué et raidi par la peur. Cet attentat a marqué un point de bascule dans le constat de la vulnérabilité des forces de l’ordre face à la société.

2015, une période charnière

L’année 2015 connaît l’attaque symbolique de la rédaction de Charlie Hebdo du 7 janvier.  Elle verra le gardien titulaire Ahmed Merabet et l’adjointe de sécurité Clarissa Jean-Phillipe être respectivement assassinés par les frères Kouachi et leur ancien co-détenu Amedy Coulibaly. Abattus quelques jours plus tard dans une imprimerie de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne), ils laissent derrière eux des familles endeuillées et un pays fragilisé.

Un mois avant les faits, un jeune converti du nom de Bertrand Nzohabonayo blesse grièvement trois policiers dans le commissariat de Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire). Il avait revendiqué son appartenance au groupe Etat Islamique quelques jours avant son passage à l’acte. Cette année sera tristement clôturée par Moussa Coulibaly, responsable de l’attaque d’une synagogue à Nice. A cette occasion, trois militaires ont courageusement maîtriser l’assaillant.

2017, le pic de l’exponentiel

L’année 2017 fut la plus révélatrice de la charge morale et du risque physique permanent que subissent les forces de l’ordre en France. Le 3 février, sur la place du Carousel du Louvre, deux militaires sont blessés par un forcené. Un mois plus tard, les mêmes militaires de l’opération Sentinelle se verront confisquer leur arme par un homme qui déclarait vouloir « mourir par Allah ». Il sera immédiatement abattu par l’un des soldats dans les couloirs de l’aéroport d’Orly.

Le printemps pointe le bout de son nez mais ne suffit pas à calmer les accès de violence de certains. Ainsi, en avril, les lumières des Champs-Elysées sont ternies par une rafale d’AK-47. Un policier succombera à ses blessures, deux de ses collègues seront grièvement blessés et le terroriste abattu. La même année, Xavier Jugelé, fonctionnaire de police sera froidement assassiné sur la même avenue. S’en suivront dans le courant d’automne une attaque au marteau sur le parvis de Notre-Dame puis une voiture bélier qui renverse six militaires à Levallois-Péret.

2018, 2019, 2020… des occurrences marquantes

Arnaud Beltrame inaugure notre triste comptabilité. Ce colonel de gendarmerie entré au Panthéon des héros après s’être substitué à une otage dans un petit supermarché de l’Aude. Deux mois s’écoulent et l’attentat de la préfecture de Paris survient. Quatre policiers seront tués par Mickaël Harpon, informaticien récemment converti à la lecture djihadiste de l’Islam. Dernière victime médiatisée : Stéphanie Monfermé, une mère de famille qui officiait au commissariat de Rambouillet est égorgée par un migrant tunisien devant ses collègues qui répliqueront de façon proportionnée.

Une réponse pénale toujours insuffisante ?

Sous le précédent quinquennat Macron, des réformes visant à mieux protéger les gardiens de la paix ont été initiées sous la tutelle de Nicole Belloubet puis d’Eric Dupont-Moretti. Ces mécanismes permettraient « d’assurer une réponse ferme et rapide lorsque des fonctionnaires sont agressés ». Conséquemment, les possibilités de réduction des peines seront limitées et la peine de sûreté pour les personnes condamnées à la perpétuité pour un crime commis contre un policier ou un gendarme sera porté à 30 ans.

Couplée à ces décisions, l’Observatoire de la Réponse Pénale (ORP) s’est instituée en 2021 après que l’Observatoire Nationale de la Délinquance et de la Réponse Pénale (ONDRP) ait été liquidé par le gouvernement Phillipe II car il générait des données controversées sur le panorama de l’insécurité en France. Ce nouvel organisme tend à recenser les infractions commises contres les forces de sécurité.

Dans un communiqué de presse publié en janvier 2022 par le ministère de l’Intérieur, un tabloïde esquisse un sombre schéma. En 2019, 91.000 personnes ont été impliquées dans des affaires d’outrages, de violences physiques et de menaces à l’encontre de policiers. Cette tendance générale aurait progressé de 20% entre 2014 et 2018. Plus spécifiquement, on recenserait un bond de 62% pour les menaces et 36% pour les actes violents sur cette même période.

Selon les données du ministère de l’Intérieur de 2021, 85 policiers sont quotidiennement agressés, un refus d’obtempérer s’opère toutes les 19 minutes et met en péril les auteurs comme les policiers qui le subisse.

Même si les condamnations dans les tribunaux enregistrent une légère hausse (+21% en 2021), ces faits recensés, identifiés et documentés ne représentent qu’une partie marginale et sous-estimée des attaques djihadistes commises. Le caractère redondant de ce florilège tend à démontrer que la soupape de tolérance arrive au seuil de sa capacité. Les tirs de mortiers, les guet-apens, l’atmosphère d’animosité qui pèsent sur les épaules de ces femmes et ces hommes amènent la profession a enregistrer un taux de suicide bien supérieur à la moyenne nationale.

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