Daniel Rondeau entre à l’Académie française

Avec l'élection de Daniel Rondeau, l'Académie française compte désormais 35 membres. Cinq sièges restent à pourvoir dont ceux occupés par François Weyergans et Michel Serres décédés en 2019.
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Dans une indifférence déconcertante, Daniel Rondeau, lauréat du grand prix du roman de l’Académie française en 2017, a été reçu jeudi sous la coupole des immortels.

On le décrit comme le plus “rock’n roll” des académiciens. “Johnny règne aujourd’hui sur le podium des mythologies françaises, coulé dans le bronze de la dévotion populaire, entre de Gaulle et Tintin”, avait-il d’ailleurs déclaré dans son éloge funèbre, église de La Madeleine, rendant ainsi hommage à cet ami “improbable” sans savoir qu’il rejoindrait un jour, lui aussi, le clan des légendes.

A 73 ans, l’enfant de Mesnil-sur-Oger (Marne) succède donc à l’académicien Michel Déon, au fauteuil n°8, lequel déclarait, au jour de son installation : “Voilà, j’ai enfin signé la paix avec la France que j’aime tant, avec une société qui a généreusement protégé l’un de ses ombrageux enfants.” Reprenant cet écho aux allures d’acte de contrition, Daniel Rondeau poursuivait jeudi cet hymne à la nation : “La France, ce vieux pays qui est le nôtre, héritier de l’énergie anarchique des tribus gauloises, des bienfaits de l’ordre romain, comblé par le ciel, qui lui envoie la Sainte Ampoule et des brassées de fleurs de lys, et visité par une Liberté aux seins nus, un fusil de maquisard à la main, version féminine de Bonaparte au pont d’Arcole.” Et de conclure par les mots de son prédécesseur : “Rien n’a donc d’importance que d’aimer sa vie et de la protéger… N’avoir besoin que du nécessaire, ne pas quitter d’un pouce l’être que l’on aime, voir chaque jour le soleil se lever et se coucher, manger quand on a faim, écrire sur une table même boiteuse…”

Mais avant d’être récompensé pour son œuvre, Daniel Rondeau ne fut pas tout à fait prédestiné à cet accomplissement institutionnel. Ancien militant d’extrême gauche, avec les “maos” de la Gauche prolétarienne, il a d’abord été “établi” dans plusieurs usines de Lorraine après Mai 68, avec l’espoir de faire surgir une révolution. En 1979, il publie son premier livre, Chagrin lorrain, évoquant avec douleur la vie des mineurs et des sidérurgistes en Lorraine. Plus tard, Daniel Rondeau relatera sa propre expérience en usine et la fin de ses illusions révolutionnaires dans L’enthousiasme, en 1988. Entre temps, il devient journaliste et réalise l’interview de celui qui deviendra plus tard son ami, Johnny Hallyday, à qui il consacrera deux ouvrages.

“Et moi qui m’imaginais devoir vivre pour toujours”

Jean d’Ormesson

Daniel Rondeau pénètre dans la cour d’honneur sous les roulements de tambours de la Garde républicaine, d’un pas vif, presque impatient. Revêtu du prestigieux habit noir à broderies de rameaux d’olivier, l’écrivain se verra également attribuer la fameuse épée académicienne qu’il considère comme la “sœur de la plume de celui qui écrit”, estimant que “notre langue-patrie mérite non seulement d’être défendue mais d’être portée haut et loin”. L’épée de l’écrivain est d’une sobriété remarquable, ornée de plusieurs détails, notamment sur la fusée, au-dessus de la garde : “D’un côté, on a la grappe de raisin qui ornait les étiquettes des champagnes de mon grand-père et une carte de la Méditerranée avec les villes qui me sont chères.” Dans l’acier de la lame sont gravés un N (comme Noëlle, le prénom de son épouse), un R et un L (Romain et Lorraine les prénoms de ses enfants).

Avec l’élection de Daniel Rondeau, l’Académie française compte désormais 35 membres. Cinq sièges restent à pourvoir dont ceux occupés par François Weyergans et Michel Serres décédés en 2019.

Maud Koffler

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