Géopolitique

Donbass, le documentaire d’Anne-Laure Bonnel qui dérange

17 mars 2022
Crédits photo : Capture écran Le Donbass, réalisé par Anne-Laure Bonnel / YouTube
Temps de lecture : 9 minutes

Réalisé en 2015 et sorti en 2017, le documentaire d’Anne-Laure Bonnel sur le Donbass refait surface alors que la guerre continue de faire rage en Ukraine. Mais la vision du conflit délivrée par ce film semble en déranger certains. Décryptage.

« La seule chose, c’est de prier, c’est notre seul Salut. […] Nous avons oublié Dieu et c’est le prix de notre pêché » explique lentement sur son lit d’hôpital une vieille femme, encore sous le choc après l’attaque qui a blessé son gendre. Comme elle, des femmes et des hommes de tous âges témoignent devant la caméra d’Anne-Laure Bonnel dans le froid de l’hiver 2015. Ils racontent leur expérience de la guerre, leurs angoisses, leur colère et parfois, ils se permettent d’espérer en de meilleurs lendemains.

À l’époque, quelques titres se font l’écho de ce documentaire. Le festival d’Amnesty International le sélectionne. Mais rapidement, il tombe dans l’oubli. Anne-Laure Bonnel qui souhaite proposer son film à de grandes rédactions trouve porte close. Sept ans plus tard, le voilà de nouveau sous les projecteurs. Malgré ce documentaire et quelques articles publiés dans différents médias depuis 2014, la France semble découvrir en 2022 que la guerre dans le Donbass n’a jamais cessé depuis huit ans.

« Recueillir la parole des habitants du Donbass »

L’histoire de ce documentaire, qui fait tant débat aujourd’hui, débute au mois de décembre 2014. À cette date-là, Anne-Laure Bonnel prend connaissance du discours tenu par Petro Porochenko quelques semaines plus tôt. À la tribune, celui qui est alors à la tête de l’Ukraine s’emporte contre les habitants du Donbass : « Nous aurons du travail, eux non. Nous aurons des retraites, eux non. […] Nos enfants iront à l’école et à la garderie, leurs enfants resteront dans des caves du sous-sol ! Parce qu’ils ne savent rien faire ! Et c’est précisément comme ça que nous gagnerons la guerre ! » Après vérification et avec des contacts sur place, cette reporter s’envole pour l’est de l’Ukraine. Elle y atterrit au mois de janvier 2015 afin de « recueillir la parole des habitants du Donbass ».

Pendant près d’une heure, le documentaire nous livre un témoignage sans appel. Sous la neige et la pluie, nous découvrons une population meurtrie, apeurée, blessée et parfois en colère contre le gouvernement ukrainien. À l’hôpital de Donetsk, le récit d’une mère de famille ayant perdu ses deux jeunes enfants dans une attaque, nous plonge immédiatement dans l’horreur de ce qui se joue dans cette région d’Europe. Non loin de là, dans une cave, plusieurs familles ont installé leur logement de fortune. « Les enfants n’ont pas vu le soleil de tout l’été » commence l’une des femmes présentes. Et sa voisine de poursuivre : « Regardez ces enfants, ce sont des terroristes ? C’est quoi un président qui fait la différence entre les enfants d’une même nation ? ».

À Komunar, ville de l’oblast (équivalent de région, ndlr) de Donetsk, la mort rôde. Aux abords de la ville, d’anciennes tombes. « Ils fusillent les gens à une distance de 50 mètres, les mains attachées dans le dos » commence un riverain. Avant d’ajouter : « il y a quatre corps au total dans ce périmètre ». L’horreur de la guerre, n’est pas seulement dans les exécutions arbitraires dont sont victimes les Ukrainiens séparatistes. Un ancien de l’armée ukrainienne, ayant déserté, témoigne face-caméra d’un épisode plus douloureux de ce conflit. Le 2 mai 2014, à Odessa, un affrontement entre les pro-ukrainiens et les pro-russes vire au drame. Les partisans de la langue russe se réfugient dans la maison des syndicats de la ville. Après plusieurs échanges de cocktails Molotov, le feu s’empare du bâtiment. Une quarantaine de militants pro-russes meurent dans l’incendie. « Je pense qu’ils [les pro-Kiev et le Secteur droit, groupe paramilitaire ultranationaliste, ndlr] voulait exterminer les manifestants russophones […] les

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