Histoire

Emmanuel Macron et la guerre d’Algérie : symbole du « en même temps » mémoriel

18 mars 2022
Crédits photo : Capture d’écran / Emmanuel Macron
Temps de lecture : 3 minutes

Ce 19 mars, Emmanuel Macron commémorera le soixantième anniversaire de la signature des accords d’Evian. Un ultime acte pour un quinquennat placé sous l’ombre mémorielle de la guerre d’Algérie.

Tout débute pendant la campagne présidentielle de 2017, il y a un peu plus de cinq ans. Emmanuel Macron, alors candidat à la présidence française, se rend en Algérie. Lors d’un entretien à la presse locale, l’ancien locataire de Bercy ne mâche pas ses mots sur la colonisation qu’il qualifie de « crime » et même de « crime contre l’humanité. » Et de poursuivre : « C’est une vrai barbarie et ça fait partie du passé que nous devons regarder en face en présentant nos excuses. » Les Français sont avertis, ils devront se repentir. Sa déclaration est loin de passer inaperçue.

Mais Emmanuel Macron ne s’arrête pas là sur le chemin de la repentance à sens unique. Elu depuis quelques mois, il se rend une nouvelle fois à Alger, le 6 décembre 2017. Son objectif : faire de son quinquennat celui de la réconciliation. Mais sur place, le président de la République accepte de déposer une gerbe de fleurs au pied du Mémorial du Martyr, un monument qui rend hommage aux indépendantistes algériens qui ont combattu les Français. Encore une fois, son geste soulève la controverse.

Après ces deux actes mémoriels sur le sol algérien, c’est en France qu’Emmanuel Macron commande à l’historien engagé Benjamin Stora sur la colonisation et la guerre d’Algérie. Si l’universitaire est loin de faire consensus, certaines de ses recommandations sont aussi fortement débattues. Ainsi, suite à sa remise, le chef de l’Etat reçoit en mars 2021, dans la plus grande discrétion les petits-enfants d’Ali Boumendjel, un avocat algérien qui aurait impliqué au FLN. Le président déclare, après cette rencontre, « Ali Boumendjel ne s’est pas suicidé. Il a été torturé et assassiné. »

Six mois plus tard, c’est à l’autre camp qu’Emmanuel Macron décide de s’adresser. Devant des associations de harkis, le président de la République « demande pardon » aux descendants d’harkis présents ce jour-là. Il assure que la République regrette ses manquements à l’égard de ces musulmans d’Algérie qui avaient fait le choix de la France. A la suite de cette déclaration, le Parlement adopte, le 15 février 2022, une loi d’indemnisation pour certains harkis et leurs descendants.

Le 26 janvier 2022, c’est aux pieds-noirs que le chef d’Etat s’adresse cette fois-ci. Pour la première fois depuis la fin de la guerre d’Algérie, Emmanuel Macron reconnait le « massacre impardonnable » qui a eu lieu le 26 mars 1962 rue d’Isly, à Alger, lorsque « les soldats français, mal commandés, ont tiré sur des Français. »

Ces différents actes mémoriels peuvent sembler contradictoires. Après avoir tendu la main à l’Algérie et s’être pris une fin de non retour, Emmanuel Macron aurait décidé de finalement s’occuper de la mémoire française. Difficile d’y lire une ligne mémorielle claire. Le 5 juillet prochain, célèbrera-t-il le soixantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie ?

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