Histoire

Entre amours et désamours, Histoire des relations franco-russes

4 mars 2022
Vladimir Poutine et Emmanuel Macron lors de la rencontre franco-russe au château de Versailles, 29 mai 2017. Crédits photo : Kremlin / Wikimedia Creative Commons
Temps de lecture : 12 minutes

Rien n'est jamais dû au hasard ; le conflit en Ukraine le prouve bien. Interlocuteur privilégié de Vladimir Poutine en Europe, Emmanuel Macron se veut avant tout une voix de médiation. Ce lundi 28 février, lors d'un échange téléphonique d'une heure et demie, le Président français s'est à nouveau entretenu avec son interlocuteur russe au sujet de l'invasion de l'Ukraine. Résultat de siècles de relations diplomatiques, la Russie et la France possèdent une histoire commune faite d'avancées et de reculades.

Quoi de mieux que l'étude de l'Histoire pour éclairer le présent ? Le grand historien Marc Bloch l'avait bien compris. "Sans se pencher sur le présent, il est impossible de comprendre le passé" écrivait-il dans son remarquable ouvrage, publié à titre posthume, L'Étrange défaite. L'Histoire des relations franco-russes n'échappe pas à cette règle. Et, face aux mensonges, aux approximations et aux fantasmes, il est urgent de revenir sur leur véritable nature. En période de conflit toutes les hystéries sont bonnes à jeter. Se dire "pro" ou "anti" russe n'a pas véritablement de sens à l'aune des liens qu'entretiennent la France et la Russie depuis des siècles. Certes, les intérêts de la Fille aînée de l'Église et de la Mère Patrie n'ont pas toujours été communs. Mais, nos deux pays sont irrémédiablement attachés l'un à l'autre. De Louis XIV à Emmanuel Macron, de Pierre le Grand à Vladimir Poutine, l'Histoire des relations franco-russes est ponctuée de rejets, d'unions, d'amitiés et de méfiances.

Des liens anciens parfois troubles

Pour comprendre l'histoire des relations entre la France et la Russie, il faut au moins remonter au règne de Louis XIV. Le Vieux Roi, sans doute marqué par ces cohortes d'"hommes barbus et chevelus, vêtus avec une magnificence barbare et sordide" décrites d'après les documents de l'époque par l'historien Alfred Rambaud, est tout à fait hostile à la venue de Pierre Le Grand, alors en visite dans les cours européennes, en son royaume. La mort du Roi en 1715 représente une aubaine pour les deux États. Et, deux ans plus tard, les relations diplomatiques franco-russe trouvent leurs fondations par la signature du Traité d'Amsterdam. Cependant, l'Empire russe continue de privilégier ses liens avec la Perfide Albion. Il faut attendre le renversement des alliances et la Guerre de Sept Ans pour que France et Russie se battent côte à côte. Malgré la trahison de Pierre III de Russie, qui signe une paix séparée avec la Prusse, alors que la situation militaire de l'Empire était largement favorable à un anéantissement du Royaume de Frédéric II, les deux pays savent qu'une alliance d'intérêts est toujours possible. Succédant à son grand-père, Louis XVI l'a bien compris et fait parvenir à Catherine II tous ses vœux. L'annexion de la Crimée par la Russie en 1783, alors aux mains des Ottomans, vieux alliés des Français, déplaît à la France qui exhorte - déjà - la souveraine à modérer ses ambitions territoriales.

1789, Paris brûle. Face aux événements révolutionnaires Catherine II, souveraine de fer, n'a que trop de mépris pour Louis XVI. Profondément choquée par l'exécution du Roi de France, la Tsarine rompt les relations diplomatiques entre la Russie et la France, et reconnaît le Comte de Provence, futur Louis XVIII comme digne et véritable successeur du trône. De nombreux émigrés se réfugient en Russie où ils trouvent une protection certaine et des postes avantageux. La montée en puissance de l'Aigle ne réchauffe pas les relations entre les deux empires. La forte présence des émigrés français à Moscou et à Saint-Pétersbourg participe à une francophobie grandissante à la Cour du Tsar. Parfaitement décrite par Tolstoï dans Guerre et Paix, l'aristocratie russe oscille entre admiration et répulsion pour l'Empereur. Le romancier, Jacques-Henri Bernardin, auteur de Paul et Virginie, écrit dans ses mémoires : "Les Russes ne respectent que ce qu'ils craignent". Face à une Grande Armée tenace et conquérante, Alexandre Ier est fasciné par la détermination d'un peuple entier, rangé derrière un seul homme. Malgré la chute de l'Empire français et les pertes qu'il put causer aux royaumes européens, le Tsar demande la rapide reprise d'indépendance du Royaume de France, occupé par les troupes de la Coalition. Jusqu'à l'arrivée de Louis-Napoléon Bonaparte puis l'avènement du Second Empire, les relations entre la France et la Russie se stabilisent. Toutefois, la guerre de Crimée, qui se déroule de 1853 à 1856, éloigne l'Empire russe des puissances européennes et subit une défaite écrasante.

L'ère des républiques

La Troisième République initie un véritable rapprochement avec l'Empire russe, influant durablement la politique étrangère des deux États durant longtemps. Au cours des années 1880, dans les salons littéraires parisiens, Tolstoï, Dostoïevski et Tourgueniev sont autant de noms admirés. Le gouvernement républicain accroît ses investissements dans l'Empire et, en 1890, le Tsar Alexandre III fait savoir qu'une alliance

Cet article est réservé aux abonnés. Il vous reste 70% à découvrir

Aidez-nous à être la grande peur des bienpensants.

Abonnement sans engagement
Je m'abonne Déjà abonné ? Connectez-vous

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *