Politique

Eric Zemmour en danger de mort ?

8 décembre 2021
Temps de lecture : 10 minutes

Pour réaliser cette enquête, nous nous sommes appuyés sur les analyses d’experts en matière de sécurité, mais aussi sur nos reportages et nos observations au cours des déplacements d’Eric Zemmour depuis plusieurs semaines.

Dimanche dernier, au cours de son meeting à Villepinte, Eric Zemmour a été attaqué et blessé par un individu, lui infligeant 9 jours d’ITT, alors qu’il rejoignait la scène en traversant la foule. L’agresseur de 27 ans, Valentin Abdelmajid Boubakeur, a immédiatement été exfiltré par le service de sécurité du meeting puis interpellé et placé en garde à vue, avant qu’une plainte ne soit déposée par Eric Zemmour pour violences volontaire avec préméditation et guet-apens.

Face à cela, une question se pose sur le dispositif de sécurité du candidat : considéré par le MININT (ministère de l’Intérieur) comme le deuxième homme le plus menacé de la campagne, après Emmanuel Macron, Eric Zemmour est-il suffisamment protégé face aux menaces terroristes et antifas qui pèsent sur lui ? Doit-on s’inquiéter de la progression des violences dont il fait l’objet et craindre le pire comment certains spécialistes l’évoquent déjà ?

Pour répondre à ces questions, Livre Noir s’est procuré des informations exclusives sur la sécurité d’Eric Zemmour qui poussent à penser que de graves défaillances existent et mettent à mal la sécurité du candidat à la présidentielle. Ainsi, à travers le travail d’investigation que nous avons mené, nous avons pu constater de possibles dysfonctionnements du côté du SDLP (ex SPHP), le service de la protection du MININT, chargé de missions de protection rapprochée, destinée aux personnalités particulièrement menacées. A ce jour, aucun autre candidat ne dispose de ce dispositif de protection exceptionnelle, à part le Président de la République. Il faut également savoir que l’UCLAT, l’Unité de coordination de la lutte anti-terroriste, une structure appartenant au MININT, place Eric Zemmour au niveau 3 de l’échelle de menace, sur 4.

Dans ce décryptage, nous allons analyser quatre événements précis lors de déplacements d’Eric Zemmour à Marseille et à Villepinte durant lesquels nous pourront vous montrer les signaux faibles du dispositif de sécurité de MININT pour protéger Eric Zemmour, qui tend à laisser penser que la sécurité du candidat n’est aujourd’hui pas assurée.

Eric Zemmour, cible n°2 de cette campagne présidentielle

Il y a un mois, le journal L’Obs révélait que la sécurité d’Eric Zemmour avait été renforcée, à la suite de nombreuses menaces de mort proférées contre celui qui n’était alors que polémiste. De nouveaux agents du SDLP venaient alors consolider son équipe de sécurité, déjà assurée par un prestataire privé lors de ses gros déplacements.

A Marseille, alors que le candidat déambule dans le quartier du Panier, une quinzaine d’antifas le suivent à la trace en l’invectivant sous le regard des journalistes, alors que 80 policiers envoyés par la préfecture de Marseille sont déployés pour assurer sa protection. Malgré cette présence importante de la sécurité publique, ces antifas ne sont pas repoussés et peuvent tout le long de cette déambulation suivre et invectiver Eric Zemmour. Ainsi, au bout de 15 min, le quasi candidat est contraint de monter dans un véhicule et de quitter les lieux. Pendant tout son déplacement, le seul rempart entre les manifestants et lui, se constitue de journalistes et de quelques membres de son équipe, les CRS étant alors éloignés du cortège. La police n’intervient pas, ne bloque aucune rue, et se contente d’observer la situation. Il s’agit donc ici d’une apparente faute de la préfecture de police de Marseille qui veut donner l’impression de sécuriser le cortège sans pour autant intervenir.

Le soir même, Eric Zemmour prévoit de dîner dans un restaurant, dans lequel il avait déjeuné le jour-même, et celui-ci est alors attaqué par une cinquantaine d’antifas avec des sacs poubelle enflammés et divers projectiles lancés sur la façade. Alors que la préfecture de Marseille était avisée du planning du candidat, elle n’a pas jugé bon de sécuriser ce restaurant qui a donc été largement vandalisé. Mais là, nous nous contentons d’évoquer les erreurs de la sécurité publique. C’est alors qu’intervient celle du SDLP, tandis qu’il conduit Eric Zemmour au restaurant. Les informations que Livre Noir a pu recueillir nous indiquent que le véhicule d’Eric Zemmour s’est d’abord arrêté à environ 200 mètres de l’établissement, après que l’officier de sécurité présent dans le véhicule ait repéré de la fumée aux abords du restaurant. Le véhicule a donc fait demi tour, en attendant que les forces de l’ordre sécurisent le lieu de rendez-vous.

En temps normal, conformément aux usages de la protection rapprochée, un précurseur, c’est-à-dire une sorte d’éclaireur envoyé par le SDLP, a pour mission de reconnaître les itinéraires, d’analyser et de vérifier la sécurité du lieu avant son arrivée. De plus, le véhicule conduit par un agent du SDLP est en principe en contact direct avec la sécurité publique présente sur le lieu du rendez-vous, qu’elle peut joindre en local. Pourtant, aucune de ces deux missions n’est remplie. Si cela avait été fait, non seulement la voiture d’EZ aurait pu être prévenue des violences à l’égard du restaurant et de l’attroupement d’antifas sur le lieu d’arrivée, mais elle n’aurait certainement pas engagé ce déplacement.

Mais ce n’est alors que le début d’une somme d’erreurs qui auraient pu conduire à des dérapages plus importants

Le lendemain, deux scènes vont alors nous intéresser. Celle du doigt d’honneur qui a fait couler bcp d’encre, mais également celle du départ chahuté de Zemmour à la gare de Marseille St Charles, sous les insultes et les menaces d’une cinquantaine d’antifas. Lorsqu’Eric Zemmour aperçoit depuis son véhicule cette femme qui souhaite lui adresser la parole, il commet lui-même une erreur en abaissant la fenêtre et en demandant à l’agent positionné à côté de son véhicule de la laisser venir. Et c’est cela qui attire notre attention. Après avoir consulté un expert, nous avons pu constater la faille suivante : normalement, l’officier de sécurité du SDLP qui se tient à l’extérieur du véhicule où est installée la personnalité, a pour mission d’attendre le départ du cortège en se plaçant devant la fenêtre du passager arrière droit où se situe Éric Zemmour, avant de rejoindre la voiture suiveuse, c’est-à-dire le véhicule qui suit celui du candidat. Or, à cet instant, l’agent concerné ne se trouve pas à la place établie par le dispositif. Deuxième point, en temps normal, l’officier du SDLP n’aurait pas dû écouter la demande d’Éric Zemmour. Selon les critères de la protection rapprochée, il n’appartient pas à la personnalité de décider de l’allègement de sa propre protection.

Eric Zemmour répond au doigt d’honneur et aux invectives d’une femme, à Marseille.

Concentrons-nous désormais sur le départ – ou plutôt l’exfiltration – d’Eric Zemmour à la gare de Marseille St Charles sous la menace d’une cinquantaine d’antifas. L’équipe du candidat, voyant la menace, demande au commissaire de police à ce que le cordon de sécurité des CRS se positionne à 20 mètres d’Eric Zemmour pour contenir la cinquantaine d’antifas le plus loin possible et se laisser une marge de manœuvre de nature à garantir sa sécurité. Finalement, le commissaire ne repousse pas la ligne et Eric Zemmour est obligé de se faufiler entre le rail et les machines à café pour rejoindre son quai. C’est grâce à l’intervention d’un membre du SDLP et d’un membre de la sécurité privée du candidat qu’un antifa est finalement intercepté et évacué alors qu’il était parvenu à franchir le cordon policier.

Villepinte : une menace sous-évaluée par le ministère de l’Intérieur

A Villepinte, la situation est un peu différente. Le système de sécurité est renforcé par des BRAV, une centaine de militants GZ, des gendarmes mobiles, sa sécurité privée et le fameux SDLP. Des dizaines d’individus sont arrêtés, des armes telles que des bombes lacrymogènes, des cocktails molotov, des barres de fer, des couteaux et des pavés, sont confisqués. Et pourtant, un homme, Valentin Abdelmajid Boubakeur, parvient à blesser Eric Zemmour en se jetant sur lui à son passage.

Recontextualisons. Ce jour-là, l’équipe du SDLP semble avoir été doublée et assure la sécurité d’Eric Zemmour. Le niveau de menace est élevé, de nombreux membres des forces de l’ordre sont déployés et assurent une sécurité hors-normes en-dehors du bâtiment. Malgré les demandes de renfort formulées par l’équipe d’Eric Zemmour, le MININT décide d’assurer l’exclusivité de sa protection sans pour autant obtenir du MININT un renforcement adéquat de ses effectifs au vu des menaces. Le dispositif semble donc être en sous-effectif alors que la sécurité privée du candidat s’occupe en général de consolider celle du SDLP, selon le service de communication du candidat. C’est dans ce contexte de sécurité fragile assumée par le MININT qu’Eric Zemmour est agressé et blessé. Une question nous paraît alors légitime : comment un candidat à l’élection présidentielle, protégé par le service de sécurité spécialisé du MININT, peut-il ainsi être blessé lors d’un meeting ?

Après cet incident, nous avons eu la confirmation qu’un mail a été envoyé au MININT par le cabinet d’Eric Zemmour demandant une réévaluation de son service de sécurité. Une plainte est également déposée le soir-même au nom d’Eric Zemmour, par Albéric Dumont, responsable de la sécurité de la campagne. Cette plainte, que nous avons pu consulter, au numéro 2021/008716, déposée à 22h09, vise l’agresseur pour violences volontaires avec préméditation et guet-apens, ayant entraîné une ITT de plus de 9 jours.

Les inquiétudes de son équipe

Maintenant que nous avons analysé ces défaillances dans le dispositif de sécurité assuré par le MININT, nous allons compléter notre enquête par les éléments que nous avons pu obtenir qui démontrent la gravité du contexte dangereux dans lequel EZ évolue, sans réelle prise de conscience des autorités.

Premier point, il a été porté à notre connaissance, preuve à l’appui, que le QG de campagne d’Eric Zemmour aurait été la cible d’incidents, le 23 novembre dernier. Selon le compte-rendu que nous avons consulté, quatre hommes se seraient arrêtés en voiture devant le bâtiment et l’un d’eux serait descendu pour uriner contre la porte en criant « Eric Zemmour, je vais te tuer, je te pisse dessus », avant d’endommager la porte avec un tournevis. Le service de sécurité du QG a donc prévu d’installer des caméras de vidéo surveillance dans la rue et de limiter les rassemblements de militants devant le bâtiment pour limiter les risques d’attaque ou d’intrusion. Malgré cet incident, aucun dispositif de sécurité de l’Etat n’a été mis en place. Ainsi, le QG d’Eric Zemmour n’est pas protégé contrairement, par exemple, à celui d’En Marche, devant lequel une voiture de police stationne jour et nuit.

Pour vous montrer le climat d’insécurité et de tension, nous allons prêter à votre attention un autre élément que nous avons pu voir de nos yeux lors du meeting d’Eric Zemmour. Outre le fait que de nombreux militants et sympathisants témoignent auprès des services de sécurité du candidat leur crainte de voir leur candidat être agressé ou tué, un dispositif spécial a été mis en place pour protéger la proche conseillère d’Eric Zemmour, Sarah Knafo. C’est ainsi que pour les regards avisés, nous pouvions constater qu’un véhicule a été mis en place derrière la scène du meeting, dirigé vers la port de sortie, moteur allumé et conducteur à bord, dans le cas où il aurait fallu exfiltrer Sarah Knafo.

Si le MININT ne prévoit pas de sécurité spéciale pour cette jeune femme, le service de sécurité a néanmoins pu prendre en compte le fait que pour atteindre Eric Zemmour, un des principaux voire des seuls moyens serait d’atteindre Sarah Knafo. Raison pour laquelle de telles solutions sont mises en place alors qu’il est actuellement envisagé de lui conférer 24h/24 et 7J/7 un agent de sécurité qui lui serait dédié.

Les questions qui se posent

Après l’exposition de ces faits, Livre Noir en vient à interroger le MININT et plus spécifiquement Gérald Darmanin sur les questions suivantes : pourquoi, alors que cela avait été assuré au préalable, Eric Zemmour n’est pas passé d’un niveau de sécurité UCLAT 3 à UCLAT 2 – qui renforcerait ses moyens de sécurité avec un véhicule et deux officiers de sécurité supplémentaires, plus un chauffeur, le jour de sa candidature, et que c’est ce jour même qu’ils ont finalement averti l’équipe d’Eric Zemmour de la décision de ne pas adapter le dispositif de sécurité comme initialement convenu ?

Comment, malgré le travail exceptionnel des agents du SDLP que nous avons pu observer au cours de ses différents déplacements, le MININT a-t-il pu refuser de renforcer son dispositif et les laisser seuls gérer une situation qui pouvait potentiellement les dépasser au vu du peu de moyens qui leur étaient accordés et de l’accroissement des menaces antifas ?

Est-ce qu’en connaissance de cause, des mesures seront prises pour combler les défaillances du SDLP et permettre que la campagne se déroule dans de saines conditions ?

Si de telles défaillances sont factuellement constatées par le rapport rédigé par le SDLP et demandé par le cabinet d’EZ, comment peuvent-elles être expliquées ? Est-ce de l’incompétence, ou comme certaines sources pourraient l’affirmer, le souhait délibéré ou sous pression, de ne pas donner l’impression d’en faire trop pour protéger Eric Zemmour et, de facto, l’institutionnaliser ?

Enfin, est-ce que le ministre Gérald Darmanin a été directement informé par les mises en garde concernant les sous effectifs de la sécurité garanti par le SDLP, et si tel est le cas, pourquoi n’a-t-il pas jugé bon de proposer une réponse adéquate ?

Maud Koffler