Eric Zemmour fait salle comble à Bordeaux

Dans son discours, Eric Zemmour a donc levé le voile sur une partie de son programme, s'adressant principalement à "cette France qui travaille en silence, avec dignité et abnégation".
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Devant une salle comble de près de 1400 personnes et un total d’environ 2300 spectateurs venus assister de près ou de loin (voire de dehors) à sa douzième conférence politico-littéraire, Eric Zemmour prononçait hier soir l’éloge des “Français qui se lèvent tôt”, incluant les artisans, commerçants, agriculteurs, et indépendants, les “grands oubliés de l’agenda médiatique”…

Celui dont on reproche le parisianisme indécrottable et l’incapacité à séduire les classes populaires, est donc parvenu, pour quelques heures au moins, à raviver les ferveurs d’un peuple malmené par “la marée des formulaires”, par “ce tsunami de normes”, appelant à “sortir les Français de cet enfer bureaucratique qui hante leur quotidien”.

Les militants de Génération Z se préparent à accueillir les premiers spectateurs, au Palais des congrès de Bordeaux.

Faisant fi des protestations au-dehors du Palais des congrès où se réunissait une centaine de manifestants arborant des pancartes “Pas de fachos à Bordeaux” et “Zemmour, casse-toi, Bordeaux est antifa”, le polémiste s’est livré à un discours axé sur l’économie et la sécurité avant de rendre un hommage appuyé aux victimes du 13 novembre 2015, invitant la salle à observer une minute de silence “pour honorer ceux qui sont tombés sous les balles”, car face à la barbarie, “les Français n’ont pas dit leur dernier mot”.

“Nos ennemis pensaient avoir mis la France à genoux, ils ont vu ces bobos allumer des bougies dans la rue, mais ce qu’ils ne savaient pas, c’est qu’ils ont réveillé une France qui, de toute son histoire, n’a jamais baissé les yeux.”

Eric Zemmour

Entouré de ses traditionnels soutiens, Samuel Lafont, Benjamin Cauchy ou encore Denis Cieslik, Eric Zemmour pouvait également compter sur la mobilisation de 130 membres de Génération Z répartis entre l’accueil des spectateurs, la vente de bleuets et la distribution de tracts, avant de gagner la scène sous les acclamations du public. Déployant une large banderole “Zemmour premier cru 2022” aux côtés des “Femmes avec Zemmour”, les jeunes se sont ainsi mis à échauffer la salle en entonnant la Marseillaise et la Strasbourgeoise, d’abord, puis en reprenant l’incontournable slogan repris lui aussi à l’unisson, “Zemmour président”.

“Bordeaux c’est à la fois le patriotisme élégant d’un Chaban-Delmas, la technocratie rigoureuse d’un Juppé et les charges ridicules des verts contre les sapins de Noël.”

Eric Zemmour

Dans son discours, Eric Zemmour a donc levé le voile sur une partie de son programme, s’adressant principalement à “cette France qui travaille en silence, avec dignité et abnégation”, formulant en outre le souhait de créer un haut-commissariat chargé de la simplification administrative. Baisse des impôts de production, favorisation des sociétés françaises dans la commande publique, allègement de la fiscalité dans la transmission d’une entreprise familiale… Dans la salle, chaque mesure est abondamment applaudie, mais une question taraude encore certains esprits impatients : “Il énumère tout ce dont la France a besoin, il dit ce que personne d’autre n’ose dire avec des mots qu’on comprend, des mots nouveaux… mais il faut qu’il se présente, maintenant ! Vous savez quand et où il a prévu de le faire ?” Aucune piste fiable, pour le moment. Mais depuis hier, une énième rumeur vient chatouiller l’espoir des sympathisants : selon l’AFP, Eric Zemmour envisagerait un premier meeting de campagne le 5 décembre, au Zénith de Paris.

Tous les regards (et les écrans) se tournent vers l’entrée de la salle où doit arriver Eric Zemmour.

Le polémiste est ensuite interrogé par le public. Parmi les intervenants, un homme en situation de handicap depuis trois ans l’interpelle sur son statut : “J’ai réussi après moult combats à toucher une allocation adulte handicapé qui m’a été retirée trois mois plus tard (…) on m’a remis une carte priorité en m’interdisant le stationnement handicapé…” Eric Zemmour réagit en dénonçant “les joies de la bureaucratie française”. L’homme en question poursuit : “Attendez, ce n’est pas le plus marrant : quand on m’a donné cette carte, c’était avec le visage d’une vieille femme, c’est d’un cynisme dégueulasse !” Un peu plus tard, un ancien militaire l’interroge sur le rétablissement du port d’arme citoyen, encouragé par le public. Olivier Ubéda, micro en main, escorte ensuite une dame jusqu’à la tribune pour lui permettre d’interroger le polémiste en face, au sujet de l’insertion du wokisme et de la circulaire du ministre de l’Education nationale sur la théorie du genre. “Vous avez raison, cette idéologie du woke, c’est-à-dire des gens qui se prétendent éveillés aux inégalités, aux souffrances réelles ou imaginaires en fonction de la couleur de peau ou du genre, est une plaie pour la liberté de penser, la salubrité intellectuelle et pour nos écoles et universités”, répond-il, justifiant son épandage par “une certaine complicité médiatique” et par la confiscation du financement des programmes universitaires par l’Europe, qui “exige que soient développées ces théories fumeuses”.

“Nous devons chasser les lobbies LGBT des écoles, combattre cette idéologie, faire pression sur les éditeurs des manuels scolaires dans lesquels ils exercent leur propagande, s’est enfin exclamé Eric Zemmour, car face à cela, leur liberté éditoriale, je m’assois dessus !”

“Le gouvernement actuel et l’Europe sont criminels : les uns de céder à l’Europe, les autres d’encourager ce genre d’idéologie.”

Eric Zemmour

Eric Zemmour s’est ensuite soumis à la traditionnelle séance de dédicaces, de 21h à 23h30. Alors que les organisateurs attendaient 800 personnes, 1800 livres se sont glissés sous la plume de l’auteur qui s’est ensuite prêté à l’ultime séance photo de la journée avant de rejoindre son hôtel bordelais et de reprendre route vers Royan. Demain, l’écrivain parcourra les allées du salon Made in France, porte de Versailles, à Paris.

Maud Koffler

2 réponses

  1. Éric Zemmour était attendu avec impatience sur ces sujets économiques et administratifs, qu’il n’avait fait qu’effleurer jusqu’alors.

    Qui pourrait ne pas être d’accord avec lui sur le principe de favoriser les entreprises françaises dans la commande publique – notons qu’Arnaud Montebourg avait déjà émis (2017) une idée similaire au bénéfice des PME de notre pays ? Cela étant, il faudra une volonté inflexible pour y parvenir. En effet, il ne suffira pas de réformer notre législation nationale – i.e. : le Code des marchés publics (CMP) – en la matière. L’UE est là qui nous chapeaute et nous entrave…
    Trois grands principes régissent la commande publique en France :
    – la liberté d’accès au marché;
    – l’égalité du traitement des candidats;
    – la nécessité de retenir l’offre la plus avantageuse économiquement.
    Les deux premiers s’appliquent notamment en matière géographique. Or, dans un marché économique européen unique il est impossible de disqualifier la candidature d’une entreprise simplement au motif qu’elle serait étrangère.
    En l’état, seule une pondération des critères d’attribution permet de contourner cet obstacle et de favoriser une entreprise française par rapport à un concurrent européen. Et encore faut-il que la pondération des critères soit justifiée et justifiable, notamment par rapport au service à réaliser… Pas gagné !

    La création d’un haut-commissariat chargé de la simplification administrative ?
    Sur le principe, là encore on ne peut qu’applaudir. Mais, car il y a un énorme mais, le chantier s’apparente au châtiment de Sisyphe…
    Ce n’est pas faute pour nos gouvernants d’avoir affirmé, ce depuis plus de 30 ans, que la réforme de l’État était “la mère de toutes les batailles”.
    Cela commence avec Michel Rocard, se poursuit avec Édouard Balladur puis Alain Juppé, avec des effets pour le moins limités… Le XXIe siècle s’ouvre avec la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) – inspirée du Nouveau management public, doctrine venue des pays anglo-saxons selon laquelle l’État gagnerait à utiliser les méthodes des entreprises privées pour améliorer son efficience. Le bilan de la LOLF, 10 ans après sa mise œuvre, s’est révélé être des plus décevants… Arrive ensuite en 2007, ce dès l’élection de Nicolas Sarkozy, la Révision générale des politiques publiques (RGPP), dont le principe général peut être résumé ainsi : faire mieux avec moins. En raison de l’absence de toute concertation préalable, cette réforme a été jugée très brutale (à juste titre) et a laissé des traces douloureuses durables dans la fonction publique. Au bout du compte, hormis la création d’un service des retraites de l’État et quelques mesures positives pour les usagers, la RGPP n’aura pas apporté beaucoup de pierres à l’édifice de la simplification administrative… Un gouvernement en chassant un autre, c’est en toute “logique” que la Modernisation de l’action publique (MAP) a chassé la RGPP en 2012… La MAP a mis l’accent sur l’évaluation des politiques publiques et sur la relation avec les usagers : qualité de l’accueil, simplification des procédures et, pour les collectivités locales, allègement des normes.
    De quoi cette nouvelle montagne réformatrice a-t-elle accouché ? D’une (grosse) souris bien sûr et partant, d’une incompréhension et d’une insatisfaction croissantes, d’abord dans la population mais aussi chez les agents du service public…

    L’immense chantier de la simplification administrative est là, encore à l’état d’ébauche 30 ans après…

    S’il se présente et s’il est élu président de la République, Éric Zemmour doit savoir ce qui l’attend et s’armer d’une volonté de fer de faire…

  2. Gérard Auzou décrit le décalage immense entre les intentions évoquées (avec je crois une sincérité fluctuante) par les gouvernements successifs et les résultats obtenus.
    Pour favoriser les entreprises françaises notamment (mais pour récupérer notre souveraineté en général) il faut je crois sortir de l’UE ce qui est plus difficile pour nous que pour la Grande Bretagne qui n’était pas dans l’Euro et dont l’engagement européen était plus relatif que le nôtre (et il a été possible de gagner un référendum là-bas). Or Eric Zemmour certes conscient des difficultés veut rester dans l’UE tout en lui forçant la main sur des sujets de première importance à commencer par l’immigration. On sait comment a été contré Sarkozy par Bruxelles (particulièrement Viviane Reding) quand il a timidement essayé de trouver une solution concernant les Roms. Quels foudres et mesures de rétorsion alors n’entraîneraient pas une politique migratoire aussi radicale et nationale que celle annoncée par Zemmour? Et pourtant je pense que le redressement de la France exige des mesures souveraines avec primauté du droit français sur le droit européen comme les Polonais viennent de le décider pour leur pays

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