Génocide au Rwanda : un ex-chauffeur franco-rwandais jugé à Paris pour « complicité »

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Un ex-chauffeur Franco-rwandais est accusé pour avoir été complice du genocide des Tutsi.

Plus concrètement, Claude Muhayimana, 60 ans est accusé d’avoir « aidé et assisté sciemment » des miliciens « en assurant leur transport » sur les lieux de massacres du génocide : dans la préfecture de Kibuye, les collines de Karongi, Gitwa et Bisesero, où des dizaines de milliers de personnes ont été exterminées. 

Armés de machettes, gourdins, houes et appelés « Interahamwe », ces miliciens ont été les principaux bras armés du génocide contre la minorité tutsie, orchestré par le régime hutu et qui a fait plus de 800.000 morts d’avril à juillet en1994.

Son jugement commence lundi 22 novembre pour “complicité” de génocide, procès qui s’ouvre après 10 ans de procédure et 3ème en France lié à l’une des pires tragédies du XXeme siècle. 

“On a affaire à un citoyen lambda tout à fait ordinaire qui n’avait d’autorité sur personne», a déclaré Philippe Meilhac, l’un des avocats de l’accusé. 

Philippe Meilhac, avocat de Claude Muhayimana

“Citoyen ordinaire”, l’homme était en 1994, chauffeur de l’hôtel Guest House à Kibuye, sur les rives du lac Kivu.

Claude Muhayimana, qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité, est réfugié en France, dont il a obtenu la nationalité en 2010.

L’enquête a été initiée par une plainte du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), qui lutte contre l’impunité et la présence en France de présumés génocidaires rwandais. Une cinquantaine de témoins au total sont cités à comparaître durant le procès dont 15 sont venus spécialement du Rwanda.

Très discret, les prises de parole de l’accusé, sont très attendues. L’enquête a évoqué une personnalité ambiguë, des témoins attestant qu’il a sauvé des Tutsis en les cachant chez lui ou en leur procurant des pirogues pour fuir en République démocratique du Congo.

La défense, elle, pointe les contradictions et les lacunes des témoignages, «qui comportent beaucoup d’imprécisions sur les lieux, les dates», selon Maître Meilhac, qui plaidera aussi l’argument de la contrainte. 

«Ce n’est pas impossible qu’il ait été forcé, mais même si c’est vrai, il avait le choix de prendre la fuite», estime Alain Gauthier, cofondateur du CPCR.

Ce procès se tient dans le contexte inédit de la spectaculaire normalisation diplomatique entre la France et le Rwanda, après des années de très vives tensions. Lors d’une visite en mai 2021 à Kigali, Emmanuel Macron, a reconnu la « responsabilité » de Paris dans le génocide. 

Le premier procès lié à ce crime contre l’humanité a été celui de Pascal Simbikangwa, ancien capitaine de la garde présidentielle. Il a été condamné en appel en 2016 à 25 ans de réclusion pour génocide et complicité de crimes contre l’humanité.

Laurie de Reynal

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