Tribune

Insécurité : Alerte, fake news !

19 février 2022
Crédits photo : Mikael Marguerie / Fickr
Temps de lecture : 4 minutes

La voilà revenue la petite musique. Cela fait des décennies qu’ils la jouent mais ils ne s’en lassent pas. Les Français se bouchent les oreilles mais peu importe. Rien ne les arrête. Et quand les élections approchent, les orchestres se multiplient et la grosse caisse joue à plein.

Le titre du morceau ? « Il n’y a pas de hausse de la délinquance mais une hausse du sentiment d’insécurité ».
Les médias adorent. La presse de gauche surtout, et les hommes politiques qui n’aiment pas qu’on les renvoie à leur bilan.

Sur BFMTV, récemment, Gérald Darmanin n’a pas apprécié d’être confronté aux mauvais chiffres de son ministère. Il a alors tenté le procès en populisme pour faire diversion. Face à la ténacité de la journaliste, il a été néanmoins contraint de reconnaître l’augmentation des violences : « Vous avez raison, il y a des augmentations très fortes d’atteintes sur les personnes ». En septembre 2020, Eric Dupond-Moretti avait utilisé les mêmes arguments pour remettre en cause “l’ensauvagement” du pays. « Surenchère populiste », assénait le garde des Sceaux pour qui le vrai coupable était « les chaînes d’information ». Tout en affirmant que « le sentiment d’insécurité, c’est de l’ordre du fantasme ».

Quelques jours auparavant, Libération titrait « La surenchère sécuritaire » et expliquait que CheckNews, son « service de vérification des données » avait « passé au crible trente ans de statistiques de la délinquance en France » avec un « résultat sans appel » : le niveau de violence « reste le même ». Le problème provenait des réseaux sociaux et de leurs « fake news » qui alimentaient la peur.

Les Français qui constatent quotidiennement l’« ensauvagement » de leur pays étaient alors sommés de se reconnaître victimes d’hallucinations par une presse militante s’auto instituant Instance de la Vérité avec ses services de « fact checking ». En 2020, le Figaro évoquait un sondage dans lequel 70% des Français estimaient que le terme « ensauvagement » était justifié pour décrire l’évolution des violences dans la société.

François Kraus, le directeur du pôle Politique et actualités de l’Ifop, voyait dans ce résultat la preuve d‘un décalage entre « une majorité de Français indifférents à l’égard des querelles sémantiques agitant le « microcosme » pour qualifier ces problèmes, et une grande part des acteurs de la vie politique et intellectuelle.

Peu importe, cependant, ce que pensent les Français, la présidentielle relance la machine à fake news. Et la presse libérale n’est malheureusement pas en reste comme en témoigne Le Point du 17 février dernier. La couverture était pourtant prometteuse : « La violence en France – L’enquête dérangeante ». Le dérangement n’a, en effet, pas tardé à venir au fur et à mesure de la lecture du dossier qui reprenait les habituels poncifs des professionnels du déni :
« De nombreux indices viennent corroborer l’idée d’une pesanteur aux franges radicales qui, bien que portée par de toutes petites minorités, met en tension l’ensemble de la société ».

Une belle démonstration de novlangue progressiste pour surtout bien noyer le poisson : « On peut citer pêle-mêle la banalisation des discours de haine en ligne, les agressions ou les menaces de mort sur les élus, ou encore la polarisation politique et ses cortèges d’affrontements aux alentours des réunions publiques ».

Les violences ? Les « Gilets jaunes », les « antivax » et « aujourd’hui, les Convois de la liberté ». Oubliez les guérillas urbaines dans les territoires perdus, les enclaves livrées à la loi des trafiquants, les attentats islamistes et les agressions quotidiennes de plus en plus violentes. C’est un spécialiste, le sociologue Sebastian Roché, qui va vous remettre dans le droit chemin : « l’insécurité est avant tout une « construction politique » et « depuis des décennies, un constat s’impose » : « La société n’a jamais été aussi sûre. » Le problème, c’est notre « perception de la délinquance ». Et d’ailleurs, « la délinquance ressentie ne sera pas la même selon que l’on soit jeune, vieux, aisé ou pauvre. »

Allez, tout le monde chez le psychiatre ou l’ophtalmo pour venir à bout de ces « fantasmes » et des ces problèmes de « perception » qui vous taraudent. Soljenitsyne en 1970, dans le discours qu’il avait préparé pour la réception du prix Nobel, constatait que la violence était « intimement associée, par le plus étroit des liens naturels, au mensonge ».
Il avait décelé la faiblesse de l’Occident face à la barbarie. Il percevait avec une acuité cruelle nos peurs et nos lâchetés. Ce qu’il appelait l’« esprit de Munich » ou « le déclin du courage » qui trahissent « une maladie de la volonté chez les peuples nantis ». C’est ce qui fait, aujourd’hui encore, toute l’âpreté du message de l’ancien zek à un Occident pusillanime : si la violence prospère grâce au mensonge, la vérité ne s’imposera pas sans courage.

    Bonjour,

    Merci pour l’article qui met le doigt sur quelque chose de bien réel. 

    Un reproche seulement, pourquoi employer le terme « la presse libérale » ? 
Malheureusement vous reprenez les poncifs de la classe politique (gauche droite).

    Est-ce du à une méconnaissance du terme ?

    Dans un pays ou l’Etat subventionne à fond les médias, ou ces derniers sont controlés par une poignées d’oligarques tous plus proche du pouvoir les uns que les autres, je pense que ce terme n’a pas sa place ici. Bien au contraire. 


    Ceci étant dit, merci pour votre travail.

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