Société

La mairie de Rouen déboulonne Napoléon

7 décembre 2021
Temps de lecture : 3 minutes

Depuis 1865, en hommage à ce souverain jadis bienfaiteur, la majestueuse statue équestre de Napoléon surplombait la place Charles-de-Gaulle. Ce temps est désormais révolu. La municipalité socialiste de Rouen a mené une inquisition idéologique aboutissant à son retrait, en juillet 2020. Toutefois, les Rouennais restent maîtres de son destin, puisqu’ils sont appelés à voter entre le 6 et le 8 décembre pour ou contre son rétablissement.

Le néo-féminisme à l’assaut de l’Histoire

Selon un communiqué, la statue de bronze a été envoyée en réparation car elle présentait « un danger potentiel pour les usagers » en raison « d’une fissure évolutive ». Or, cette restauration ne semble être qu’un leurre. En effet, le maire, interpellé sur les réseaux sociaux par des citoyens révoltés, a affirmé : « Je ne vois pas pourquoi les lieux les plus visibles et les plus symboliques, tels la place de l’Hôtel-de-Ville, devraient être réservés à des hommes. » Il s’est alors inscrit dans la volonté politique de « dénommer des lieux emblématiques » de la ville « avec des noms de femmes ». Il a ajouté vouloir remplacer l’Empereur par une œuvre d’art consacrée à Gisèle Halimi, avocate renommée ayant lutté pour les droits des femmes.

Effacer des figures masculines historiques pour mettre en lumière celles de femmes, tel est son projet. Féminiser l’espace public devient alors prétexte à la déconstruction de l’histoire. La cancel culture déploie ainsi l’un de ses dangereux tentacules. Thierry Lenz, historien et directeur de la fondation Napoléon accuse l’édile de céder aux pressions des néo féministes et racialistes en pratiquant cette « destruction mémorielle. » Il souligne son désir de « donner des gages à sa majorité, où siègent quelques militants radicaux ». Tout en admettant que l’œuvre de Napoléon est analysable et critiquable, il prévient que l’avenir ne peut être bâti sur une négation du passé. 

« Avec son règne a commencé une ère nouvelle et notre industrie est une des créations de son génie« 

Or, cette statue a une symbolique particulièrement forte puisqu’elle incarne les efforts consentis par Bonaparte pour rendre prospère la ville, en ayant notamment soutenu ses manufactures textiles. Au début des années 1800, la ville a en outre été marquée, après chaque visite à Rouen du Premier Consul puis de l’Empereur, de chamboulements urbanistiques et économiques. Henry Barbet, ancien maire de Rouen, le mit en lumière à l’occasion du discours inaugurant cette statue, le 15 août 1865 : « Avec son règne a commencé une ère nouvelle et notre industrie est une des créations de son génie. » Dès lors, Thierry Lenz nous invite à nous interroger sur la légitimé de voir l’effigie de Gisèle Halimi, se substituer à celle d’un tel ange gardien de la ville.

Bonaparte, bientôt proscrit sur l’Ile Lacroix ?

Face à la polémique suscitée et, la protestation populaire s’amplifiant, le maire a décidé d’organiser cette semaine, du 6 au 8 décembre, une votation citoyenne. Le sort de Napoléon y sera scellé. Néanmoins, lors de récentes réunions publiques sur l’avenir de la statue, Nicolas Mayer-Rossignol s’est encore montré déterminé à liquider l’histoire de France. Il prévoit déjà un second exil de Napoléon sur la pointe de l’Ile Lacroix.

Alors que ces concertations se sont clôturées au musée des Beaux-Arts le 1er décembre dernier, une vingtaine de jeunes hommes calmes et déterminés s’y sont rendus pour dénoncer cette « supercherie ». « Les Normaux » ont alors projeté sur la façade du musée la figure de l’Empereur avec ce slogan « Stop au wokisme, les Rouennais veulent Napoléon ». La large pancarte qu’ils tenaient, dévoilait quant à elle, Bonaparte prononçant ces quelques mots : « Je serai de retour.« 

Sarah MIMON