La mondialisation dangereuse : vers le déclassement de l’Occident

Del Valle déplore l'aboutissement délétère et suicidaire de décennies de culpabilisation civilisationnelle, de "haine de soi" et de discrédit de "l'Homme blanc", qui confine à une logique expiatoire d'auto-éradication politique et culturelle.
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Dans son dernier livre, La mondialisation dangereuse : Vers le déclassement de l’Occident (Ed. L’Artilleur, 2021, coécrit avec Jacques Soppelsa), le géopolitologue Alexandre Del Valle fait état des conséquences engendrées par une mondialisation, pas toujours heureuse qui, loin de signifier la fin des rivalités entre États et civilisations, présente des travers majeurs et alimente des menaces, qu’il s’agisse du terrorisme et de l’islamisme, des virus, des mafias, des multinationales et firmes digitales, qui profitent de la porosité des frontières, ou encore des défis énergétiques et bien sûr de la montée inexorable de la Chine. Cette dernière, ancien “atelier du monde”, longtemps sous-estimée comme “imitatrice” et non-créative, qui a retourné la Mondialisation anglo-saxonne appuyée par les multinationales avides de délocalisations contre l’Occident menacé de déclassement stratégique, économique et technologique, et les États-Unis désormais concurrencé par un outsider redoutable.

Cet essai de géopolitique “globale”, dédié au fameux général Pierre-Marie Gallois, initiateur de la “force de frappe nucléaire française” sous De Gaulle, dresse un bilan sans concession et complet des enjeux géopolitiques actuels. Alexandre del Valle prédit tout d’abord une évolution – ou plutôt une involution – assez inquiétante de l’Occident, surtout l’Europe, “dindon de la farce de la mondialisation” dans sa lecture utopique “mondialiste”, qu’est la paupérisation et de déclassement progressif.

Pour l’auteur, les failles des sociétés démocratiques occidentales promises au déclassement au profit de la Chine et de l’Asie holiste, sont les suivantes : l’évolution du contexte démographique mondial, avec son explosion inédite au sein des pays du Sud (Monde musulman, Afrique noire et Inde, surtout), couplée au malthusianisme suicidaire de la plupart des démocraties occidentales et donc leurs conséquences sur les migrations internationales incontrôlées et les défis civilisationnels et sécuritaires qu’elles engendrent pour les démocraties occidentales. Elles sont prisonnières de leur lecture utopie sans-frontiériste, de leur sacro-saint dogme de “l’ouverture”, fruit d’une lecture mondialiste de la Mondialisation, qui n’est en fait qu’un champs de rivalités entre puissances et d’hyperconcurrence dont les nations les plus identitaires, souverainistes et adeptes de la Realpolitik tirent leur épingle du jeu.

Del Valle déplore l’aboutissement délétère et suicidaire de décennies de culpabilisation civilisationnelle, de “haine de soi” et de discrédit de “l’Homme blanc”, qui confine à une logique expiatoire d’auto-éradication politique et culturelle.

Del Valle décrit aussi le piège du processus de désindustrialisation, de financiarisation excessive et de dérégulation de l’économie mondiale voulu par les puissances anglosaxonnes et les multinationales et banques occidentales, qui a conduit aux délocalisations massives, avec les effets que l’on connaît sur l’économie des États d’Europe. Parallèlement, Del Valle déplore l’aboutissement délétère et suicidaire de décennies de culpabilisation civilisationnelle, de “haine de soi” et de discrédit de “l’Homme blanc”, qui confine à une logique expiatoire d’auto-éradication politique et culturelle.

L’auteur déplore également la “nouvelle guerre froide”, qui a consisté à rejeter du monde occidental la Russie post-soviétique – qui voulait s’en rapprocher entre 1990 et 1998 -, et qui a abouti à jeter la Russie poutinienne revancharde et devenue anti-occidentale dans les bras fort intéressés de Pékin. La Chine est en effet à la fois le grand bénéficiaire de la mondialisation, qu’elle a retournée contre l’Occident et Washington – et de cette nouvelle guerre froide qui lui a permis de bénéficier des technologies, des énergies bon marché et des soutiens politiques russes face à l’Occident vu comme ennemi commun mortel.

Si l’Union européenne n’a pas réussi à créer une souveraineté supranationale d’un côté, elle a par contre réussi à réduire dangereusement, au nom du même pourtant jamais abouti, la souveraineté des États qui la composent.

Quant à l’Union européenne, elle a multiplié depuis de nombreuses décennies les preuves de sa faiblesse, complexée qu’elle est identitairement et donc incapable de construire une souveraineté – donc une puissance – supranationale pas plus qu’un projet géo-civilisationnel cohérent capables de galvaniser ses peuples. Or si elle n’a pas réussi à créer une souveraineté supranationale d’un côté, elle a par contre réussi à réduire dangereusement, au nom du même européisme pourtant jamais abouti, la souveraineté des États qui la composent…. Ce constat va de pair avec celui d’un élargissement sans fin et qui a accéléré la dilution de l’UE et empêché mathématiquement son “approfondissement”. Et cet élargissement inhérent à une conception purement atlantiste et libre-échangiste de l’Europe, a accentué les disparités et les incohérences endémiques de la politique extérieure de l’Union.

L’auteur conclut son ouvrage avec la proposition de bons sens d’une reprise en main de l’économie par le politique, d’une domestication des multinationales et des firmes digitales (GAFAMS) par les Etats souverains, puis une démondialisation ou “post-mondialisation” qui ne nie pas la mondialisation, phénomène neutre, mais qui prend le contre-pied de la lecture mondialiste de celle-ci, au profit d’un retour de l’Etat-stratège, d’une réindustrialisation progressive, des relocalisations et d’une forme de protectionnisme raisonnable.

Alexandre Del Valle

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