Géopolitique

L’Allemagne se réarme, un tournant historique

1 mars 2022
Crédits photo : OSCE / Flickr Creative Commons
Temps de lecture : 3 minutes

Depuis le début de la crise ukrainienne, les observateurs remarquent un changement de doctrine militaire en Allemagne, entre investissements massifs dans les budgets de la défense et exportations d’armes vers l’Ukraine.

En une heure l’Allemagne bouleversait 77 ans de doctrine en matière militaire. Dimanche 27 février, le successeur d’Angela Merkel, le Chancelier Olaf Scholz annonçait, devant le Bundestag, l’injection de 100 milliards d’euros pour moderniser la Bundeswehr. En préambule de son discours, le Chancelier déclarait : « Le monde est entré dans une nouvelle ère », l’entrée des troupes russes en Ukraine est « une violation infâme du droit international ». Ce fonds spécial alloué à l’armée allemande est inédit dans l’histoire du pays depuis la chute du régime hitlérien. Actuellement porté à 1,38% du PIB, le budget militaire de l’Allemagne va être revu à la hausse. « Nous allons à partir de maintenant, d’année en année, investir aussi plus de 2 % de notre produit intérieur brut dans notre défense » explique Olaf Scholz. Ainsi, l’Outre-Rhin applique les recommandations de l’Otan, où de nombreux officiers allemands font carrière, en matière de budget militaire. De 45 milliards, le ce dernier passerait à 75 milliards d’euros d’ici l’an prochain.

Un changement doctrinal

L’Allemagne fut jusqu’ici toujours réticente à s’engager dans des conflits où il n’y voyait pas son intérêt direct. Or, cette prise de parole du Chancelier Scholz témoigne d’un véritable tournant dans l’Histoire militaire récente du pays. L’expert militaire Thomas Wiegold indique dans une lettre confidentielle reprise par Marianne : « Le pays économiquement le plus puissant de l’Union européenne avait jusqu’à présent accordé relativement peu d’importance à des forces armées opérationnelles et capables de s’imposer. C’est une différence notable avec la France et la Grande-Bretagne… Cela était et reste certainement dû à l’histoire allemande. Mais la référence à cette histoire a été de plus en plus comprise par les voisins européens comme une excuse pour ne pas devoir trop s’engager militairement ».

Par ailleurs, l’homme d’État promet de soutenir les projets en matière de défense européennes et ceux de l’Otan, et annonce le renouvellement de la flotte aérienne fédérale dans le cadre du dispositif de « partage nucléaire » que prévoit l’Alliance atlantique. Le Chancelier a même décidé d’autoriser tous les exports d’armes allemandes vers l’Ukraine alors qu’elle avait interdit, la semaine passée, la livraison de casques et de vieux obusiers vers l’Ukraine.

Une armée faible

Les effectifs de l’armée allemande n’ont fait que de chuter depuis la réunification, passant de 500 000 à 200 000 aujourd’hui. La Bundeswehr a souvent été reléguée au second rang des priorités et manque de nombreux moyens. Munitions, pièces détachées, armes, équipements obsolètes… Autant de problème auxquels le Chancelier souhaite répondre. « Depuis le début de la crise, l’Allemagne n’a cessé d’avoir un train de retard. En comparaison avec l’attitude passée, le pas que Scholz vient de faire est donc impressionnant. Nombre de ces mesures étaient bloquées par des querelles idéologiques internes, notamment au sein du SPD. Scholz a décidé de passer outre » analyse l’expert en sécurité et défense Christian Mögling, dans des propos rapportés par Marianne. Toutefois, le Chancelier rassure : « Nous n’accepterons jamais de faire de l’usage de la force un instrument politique ». Il vaut mieux.

Fin du pacifisme ?

L’invasion de l’Ukraine a déclenché une vive émotion parmi la population allemande. Face à une Russie dont le pays dépend énergiquement et aux faibles moyens de réponses politiques, la société allemande est bouleversée. Traversée par un important courant pacifiste, surtout à l’Ouest du pays, plus de 500 000 manifestants étaient dans les rues de Berlin, le 26 février, contre Vladimir Poutine et pour réclamer la paix.

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