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Législatives dans le XVI ème arrondissement : Les toxicomanes de la discorde

16 juin 2022
Temps de lecture : 4 minutes

Dans la 14ème circonscription de la capitale, le second tour des élections législatives pourrait bien se jouer autour de l’installation controversée d’une salle de shoot, actée collectivement par la Mairie socialiste et l’Agence Régionale de Santé en mai dernier. Les députés en lice pour le second tour Francis Spziner et Benjamin Haddad s’écharpent autour de ce sujet de santé public en espérant mobiliser l’électorat.       

« Lorsque l’ARS m’a informé du projet (…) j’ai exprimé mon refus catégorique et proposé une alternative » affirme l’actuel maire du XVIème arrondissement interrogé par le Parisien. Dans ce quartier très aisé, l’installation de cette structure anime les passions et sert d’argument politique.

L’argument phare du second tour

C’est à celui qui ira le plus fort, le plus vite mais aussi le plus intelligemment. Le Républicain Francis Szpiner, (33,28%), sait pertinemment que pour éperonner son concurrent Ensemble ! Benjamin Haddad (39,27%), il devra à la fois répondre aux exigences gouvernementales mais aussi satisfaire son électorat aisé et conservateur du bel-ouest parisien.

Fomenté par l’ARS d’île de France, ce lieu se destine à accueillir des consommateurs réguliers de drogues dures (Crack, héroïne, cocaïne de basse-qualité) pour leur offrir un espace de consommation serein et protégé des affres de l’extérieur. En effet, beaucoup d’entre eux sont Sans Domicile Fixe et se voient contraint d’errer dans les rues, accablé du fardeau de l’addiction et de la pauvreté.

Des alternatives ont été proposées par les candidats. Benjamin Haddad vend auprès des électeurs sa proximité avec l’exécutif pour bloquer un « projet qui n’est pas encore acté », invoquant par la suite le besoin de « solution concrète » : formule à laquelle les marcheurs semblent attacher en toute circonstance, sur tous les sujets. Le candidat Szpiner propose quant à lui l’édification d’un centre d’accueil pour les femmes victimes de violences conjugales. Désabusé et amer, il conclura qu’à ce jour, il «n’a reçu aucune réponse de la mairie ».

Une manifestation citoyenne est organisée le 17 juin prochain devant l’ancien hôpital Chardon-Lagache où la salle devrait voir le jour.

Les oeillères de la municipalité

Les badauds, dont certains restent mitigés sur l’installation de cette structure, décrivent un « Faux-centre » qui « deviendra fatalement un point de fixation du crack et de la prostitution. Certains craignent de surcroît que « Les personnes consommeront du crack, notamment au parc pour enfants Sainte Perrine ». Même si le propos peut paraître exagéré il ne repose pas sur de simples expectations.

Anne Souyris, adjointe écologiste à la Santé Publique s’étonne de la levée de boucliers face à laquelle se dresse ce projet contesté par la population locale. « Je ne sais pas pourquoi tout le monde s’excite, je prends le pari qu’il n’y aura aucun incident » ânonnera-t-elle.

Une prédiction bien impétueuse au regard du florilège de faits divers survenus aux abords de salles de shoots ces dernières années. Dans le X ème arrondissement de Paris, l’implantation d’une SCMR (Salle de consommation de drogue à moindre risque) a été émaillée de faits qui relativisent le doux euphémisme de son acronyme. 1800 infractions avaient été relevées entre octobre 2016 et janvier 2018 comprenant, selon des sources policières « l’usage et la vente de stupéfiants, le vol et le recel de marchandises ». Les commerçants du quartiers dénonçaient également un « préjudice économique » majeur. Leurs témoignages, éloquents, démontraient un constat différent de celui émis par la Mairie de paris : « Ça n’a jamais été autant le bazar (…) certaines de mes serveuses voulaient partir plus tôt le soir car elles avaient peur ». Dernièrement, toutes les terrasses autour du métro Barbès-Rochechouart ont été rangées pour se prémunir de la délinquance ambiante.  

Le plan « Crack » hidalguesque.

Selon le conseiller médiatique et opposant de droite Pierre Liscia, « 35 sites sont exploités ou envisagés par la Mairie de Paris » dans le cadre du plan « Crack » voulu par le maire socialiste Anne Hidalgo. Ce dernier vise un « objectif de santé et de tranquillité publique ». Néanmoins, ces lieux situés au cœur de la capitale cohabitent souvent avec des squares, des écoles, des commerces… Dans le quartier d’Auteuil, des affiches de propagande dénoncent « « L’ouverture prochaine d’un espace de consommation de crack au milieu de 10 000 enfants scolarisés » en reprenant les codes visuels de la Mairie de Paris. L’ironie de l’acte pourrait faire basculer l’opinion, et à terme, modifier la façon dont la municipalité s’occupera de cet enjeu de sécurité et de santé publique.

A quelques kilomètres de là dans, les XVIIIème et XIXème arrondissement, des lieux dédiés à la jeunesse et à l’éveil sportif avait déjà été préemptés par des centaines de consommateurs. La place Stalingrad, le parc Eole ou encore les squares de la Goutte d’or : autant de lieux de vie savamment pensés par la mairie qui ont finalement du être reconquis par les habitants eux-mêmes, parfois à coups de mortiers d’artifices et de barre de fer.

Le fléau du crack mine le nord-est parisien depuis quelques années. Tenus par des mafias plus ou moins organisées originaires du Sénégal ou du Niger, elles embrigadent des milliers d’individus, migrants ou nationaux, cadres, employés et chômeurs dans une spirale infernale.  

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