Politique

Les surprenants horizons sociologiques de nos députés

22 juin 2022
Temps de lecture : 3 minutes

Régulièrement accusés d’être déconnectés des préoccupations des Français, d’occuper des postes hors-sols : les députés nouvellement propulsés à l’Assemblée nationale tendent à rompre avec les clichés. Même si la proportion de cadre reste majoritaire dans tous les groupes politiques, ces nouveaux élus présentent des origines sociales plus qu’originales.

Infirmières, kinésithérapeute, agriculteurs et boxeurs : une mosaïque de professions diverses et variées a fait irruption dans l’hémicycle, redynamisant de fait sa composition sociologique. Même si des constantes persistent, l’arrivée en nombre de députés RN a permis de diversifier un peu plus le paysage politique.

La Nupes ou le nouveau bloc bourgeois ?

La grande surprise de cette échéance électorale repose surtout sur la structure du groupe parlementaire. La dissonance évidente entre les combats qu’il porte et sa composition sociologique soulève des interrogations quant à sa crédibilité.

Essayistes et figures médiatiques, cadres dans des grandes firmes, professionnels émérites mais recyclés de la politique : la majeure partie des députés de la Nupes appartiennent aux catégories socioprofessionnelles supérieures et caracolent en tête du classement des députés les plus favorisés de l’hémicycle.

Totalisant 63% de cadre sur les 131 députés, la décomposition du groupe est éloquente : 8% sont sans activités, 7% sont des fonctionnaires et point d’orgue du découpage : 2% sont des ouvriers, soit 2,62 personnes, dont la sémillante Rachel Kéké. L’ancienne femme de chambre élue du Val-de-Marne est, depuis son élection, surreprésentée médiatiquement, comme pour signifier que les bourgeois Corbière, Simonnet, Rousseau et Caron ne représentaient qu’une part résiduelle du groupe. Pour une coalition qui revendique la mobilisation populaire et la révolution par les urnes, ce paradoxe pourrait largement affecter leur crédibilité vis à vis de l’opinion.

Le Rassemblement, pluriel et national

Même si beaucoup s’offusquaient de la résurgence du ventre encore fécond de la bête fasciste, le groupe parlementaire du RN se singularise par sa diversité professionnelle. L’appel à la société civile a été bien mieux réceptionné par les strates intermédiaires du Rassemblement National.

Performant sur la parité, le RN a propulsé 37% de femmes dans ses collectivités, devançant les Républicains qui eux, en amènent 29,5%. La pyramide des âges du groupe parlementaire révèle également une répartition équilibrée. Les 20-29 ans et les 30-39 ans représentent la majeure partie des élus, même si le titre de doyen de l’assemblée revient à José Gonzalez, 79 ans, député RN des Bouches du Rhône.

Sur 89 députés, 63 occupaient déjà des postes politiques à l’échelle locale (conseillers municipaux et départementaux, maires et députés). Pour le reste, une myriade de profils hétéroclites se sont invités dans l’Assemblée du Peuple. Antoine Villedieu, ancien boxeur et fonctionnaire de police a brigué à 32 ans une circonscription de la Haute Saône, préoccupé par les questions de sécurité ; Lisette Pollet, ancienne femme de ménage qui s’impose dans la Drôme et cherche à faire valoir les problématiques liées à la précarité ; Enfin, Kévin Mauvieux et Kévin Pfeffer, élus en Moselle et dans l’Eure qui comptent faire de la discrimination aux prénoms un véritable sujets de société. Autant de profils qu’il nous tarde de découvrir dans l’exercice du pouvoir.

Les Républicains et Ensemble ! : sans surprises

Les invariants sont bien là où on les attend. Les députés renouvelés des groupes centristes et de droite modérés incarnent la France d’en haut : notables de provinces, chefs d’entreprises et professions libérales. La proportion de professions intermédiaires et d’ouvriers est la plus faible dans le groupe LR-UDI et Ensemble ! comptant respectivement 8% et 7% de ces corps de métiers.

Particularité à relever chez LR-UDI, ils comptent près de 20% de retraités dans leur rang et enregistrent, avec le groupe majoritaire présidentiel, Exactement 0% d’ouvriers. Peu voir pas d’étonnement pour un groupe constitué en 2017 d’individus de la « société civile » qui, pour certain d’entre eux, ne représentaient qu’eux même.

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