RÉCIT. En immersion au coeur du Wokistan

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur whatsapp
Partager sur telegram
Partager sur email

”I’m on the highway to hell”. Sur la route de l’enfer. J’ai cette musique de la fin des années 70 en tête lorsque j’arrive à La Courneuve, en ”Californie française”, pour m’intégrer trois jours durant à la Fête de l’Humanité, du vendredi 10 au dimanche 12 septembre dernier. Le t-shirt des Doors, la veste en cuir, l’odeur de cannabis, à 20 ans déjà, je portais moi aussi ces attributs d’anarchistes aux petits pieds à l’époque où je voulais renverser le système.

En Seine-Saint-Denis, pour cette édition 2021 de la ”Fête de l’Huma”, la révolte est plus profonde et pis encore, elle est structurante pour toute une nouvelle génération. Cette révolte (de salon) est le fruit d’une idéologie importée des États-Unis : le wokisme

Des stands LGBTQ2+ aux discours de black supremacism, ce voyage au Wokistan avec Livre Noir permet d’analyser le nouveau phénomène des wokes. Un phénomène qu’analyse avec minutie Pierre Valentin, auteur d’une note en deux volumes pour la Fondapol (un think-tank pour l’innovation politique) : ”Être « woke » signifie être « éveillé ». Il s’agit ici d’être éveillé aux injustices que subissent les minorités dans les pays occidentaux. Par certains aspects, cette idéologie procède du postmodernisme. Elle connaît une forte progression. L’émergence de cette nouvelle culture morale, dans laquelle le statut de victime devient une ressource sociale, requiert certaines conditions, parmi lesquelles on trouve, notamment, une atomisation sociale et un niveau de diversité ethnique et sexuelle élevé.” (source : https://www.fondapol.org/etude/lideologie-woke-1-anatomie-du-wokisme/)

Le voyage au pays du wokisme

En plus des wokes, des jeunes des banlieues environanntes viennent aussi profiter de l’ambiance de la Fête de l’Humanité / Images : Jordan Florentin

Le choix d’étudier ce nouveau phénomène au cœur de la Fête de l’Humanité n’est pas anodin pour la simple raison qu’il s’inscrit et se diffuse d’abord et avant tout à l’extrême gauche du spectre politique français. À travers des personnalités comme l’”écoféministe” Sandrine Rousseau (dont la proximité avec Jean-Luc Mélenchon ne trompe personne), le prétendant à l’élection présidentielle, ex-NPA, Anasse Kazib ou encore le communiste Fabien Roussel, c’est l’ultra-gauche qui se laisse bercer par les sirènes du wokisme américain afin de se réinventer, en France, un corpus idéologique autour des luttes intersectionnelles.

Belle entrée en matière pour ce voyage que de devoir prendre un vendredi soir le RER depuis la Gare du Nord, dans l’atmosphère bien particulière de cette station : grand remplacement visible à l’œil nu, marché en plein air du trafic de stupéfiants, agressions quotidiennes, ”sentiment d’insécurité”. La descente se fait au Parc de la Courneuve après avoir emprunté le nouveau tramway T11 qui traverse d’ouest en est le 93, le temps de comprendre qu’être blanc est loin d’être une partie de plaisir dans les transports en commun dyonisiens

Vendredi soir, avant de franchir les 2 contrôles de sécurité à l’entrée du Parc, je rencontre sur mon chemin un couple de septuagénaires que j’entends exprimer leur joie à voir ”tous ces jeunes venir dans le 93”. J’échange avec Madame, et comprends que cela lui rappelle mai 68 et Woodstock. Elle prend à peine dix secondes pour me faire cette audacieuse comparaison : ”Il faut laisser la jeunesse s’enivrer et s’amuser, ce n’est plus de notre âge mais eux c’est l’avenir”. L’avenir donc, après une jeunesse à faire des pogos et fumer des joints en écoutant Yseult chanter ses complexes physiques à la Fête de l’Humanité. Woodstock était sans aucun doutes d’un autre niveau.

Infiltration risquée

Les étudiants sur le stand de l’UNEF, un stand “de droite” pour certains radicaux d’ultra-gauche / Images : Jordan Florentin

Premiers pas à la Fête de l’Humanité, l’ambiance musicale n’est pas forcément déplaisante : quand on aime le rock, on est allègrement servi, chaque stand diffusant les plus grands monuments de l’Histoire de cet art et alternant avec quelques rythmes psychédéliques bien plus modernes. Après avoir installé mes affaires au camping mixte (!) près d’un groupe de trentenaires avenant, je parcoure l’ensemble du parc où se jouxtent des stands politiques, des snacks, des stands de mouvements étudiants et des commerces de vêtements africains où de tradition asiatique. Difficile de trouver un seul stand consacré à la culture française. Je décide, ce premier soir, de me rendre au stand des jeunes de l’UNEF, imaginant faire rapidement des rencontres, avec un look adéquat (chaussettes multicolores et t-shirt Nirvana). Une tenue finalement bien adaptée aux danses arabes et giclées de bières que j’ai reçues au cœur de cette ambiance pour le moins folklorique. J’ai, en marge de la soirée, un échange avec un jeune d’allure androgyne que je repère, accompagné de ce que je pensais être sa petite amie : ”Non, c’est ma meilleure amie ! On s’embrasse pour le fun, elle est lesbienne !”, et de refuser leur charmante invitation à partager leur tente. L’immersion n’est pas difficile, tant et si bien que la soirée s’éternise pour moi sur des rythmes électroniques d’un concert sur la scène ”Angela Davis” où j’observe se déchainer des femmes aux cheveux plus courts que leur pilosité sous les aisselles. 

Survient le premier risque : celui de se promener au sein de la Fête de l’Humanité muni d’une caméra et d’un micro (notamment avec un logo ”Livre Noir” heureusement peu connu alors). On me demande régulièrement qui suis-je, et pour qui je travaille, d’un air bien souvent curieux et soupçonneux. Je me dis qu’il ne fait pas bon être journaliste de terrain sur les terres de l’ultra-gauche, sauf à être de leur bord, et reporte au samedi matin mes premiers tournages. Le lendemain, mes craintes se confirment lorsqu’en interrogeant une militante portant un t-shirt au logo ironique “je suis islamo-gauchiste”, sa compagne lesbienne vient l’interrompre pour l’interdire de répondre à mes questions. Elle venait de dérouler brièvement son écran sur notre chaîne Youtube.

Fête de l’inhumanité ?

Des festivaliers à la Fête de l’Humanité aux sons de Motörhead / Images : Jordan Florentin

”Et maintenant, tous ensemble !” (slogan de l’évènement) : sauf, bien sûr, avec un journaliste politique de Droite qui vient étudier le wokisme. Et encore moins avec les femmes et hommes politiques ”de droite” invités, à savoir Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France et Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement.

Après le réveil en fanfare des ”villageois” de la Fête de l’Huma aux cris (toute la nuit) d’”apéro !!!” et la douche prise dans une cabine ”inclusive”, s’ouvre la séquence des débats politiques à la fête de l’Humanité, avec comme thèmes ”Faut-il en finir avec l’héritage ?”, ”extension du domaine des luttes féministes”, ou encore ”quand les Palestiniens se révoltent !”, car oui, naturellement, le combat woke et féministe ne va pas sans celui de la cause palestinienne contre le ”grand ennemi israélien”.

En plein dans le wokisme, les échanges lors de ces débats tournent autour des violences faites aux femmes et à la nature, convergentes, de l’inégalité salariale, du patriarcat, de la compatibilité entre islam et homosexualité. En bref, rien à voir avec la Gauche des années 80 à l’origine de ce festival. Une gauche qui hue et conspue Valérie Pécresse lorsqu’elle monte sur scène face à un Fabien Roussel pourtant très respectueux, et siffle pour étouffer les propos, plus tôt le matin, de Gabriel Attal sur scène également.

Une intolérance à toute pensée alternative à la leur pour le moins frappante : lors du déjeuner, après que des amis m’aient rejoint sur place, nous échangeons avec un groupe de trois personnes. Deux jeunes étudiantes, blanches, de région parisienne, ”non-genrées et anarchistes” avec leur ami, un jeune garçon homosexuel de Saint-Denis, d’une vingtaine d’années, déscolarisé et peu loquace, peut-être intimidé par notre caméra. Une des deux jeunes femmes, elle, cautionne les huées adressées à Pécresse et Attal, m’expliquant qu’ils n’ont ”rien à faire là”. Elle prend d’ailleurs son mal en patience pour déjeuner avec mes amis et moi, malgré son accord. Son ami homosexuel lui a du mal à répondre à nos questions, et pour lui, pas question d’imaginer affirmer un seul instant que la violence contre les LGBT est majoritairement présente dans les banlieues et due à l’islamisation des esprits

Plus tard dans l’après-midi, nous traversons avec mes amis les différentes allées de la Fête de l’Humanité en abordant régulièrement les festivaliers pour essayer de comprendre leurs valeurs et les interroger sur leur idéologie. Mes amis, au profil bien singulier pour cette fête (cathos, de droite, scouts, ou encore pro-Zemmour), sont plus étonnés à chaque pas qu’ils font dans ”ce grand n’importe quoi”. Nous remarquons surtout un élément intéressant : le wokisme ne touche pas que les 18-25 ans. La génération plus ancienne (de 30 à 50 ans et même au-delà), y voit une nouvelle vague de libération de la parole et de tolérance envers un combat qu’eux ”ont mené bien avant” (et dans les profils : des ”punks à chiens”, des divorcées désormais lesbiennes, etc.). Le grand défenseur (et principal public) du wokisme également : le lobby LGBT. Il n’y a qu’à voir, dans le reportage vidéo que Livre Noir a diffusé, le discours tenu par un(e ?) militant(e ?) de l’association ”Les sœurs de la Perpétuelle Indulgence”, une association sous forme d’Ordre religieux, fondé à San Francisco en 1979 et luttant contre l’homophobie, pour la prévention du SIDA, et les milliers de prétendues agressions que subirait chaque jour les homosexuels en France. S’il fallait une meilleure illustration de l’importation en France de luttes qui ne devraient (et encore) concerner qu’uniquement les États-Unis… Ainsi donc, le catholicisme aurait discriminé dans l’ultra violence les populations LGBT depuis la nuit des temps. L’islam également ? Non, bien sûr, pas un mot là-dessus de l’individu(e ?) interrogé(e ?).

Un air de Woodstock

Le patron d’Europe Écologie Les Verts, Julien Bayou / Images : Jordan Florentin

Il faut reconnaitre qu’un woke sait s’amuser : l’alcool, la fête, la liberté, la décadence, le no-limit, en bref ”boire et mourir jeune”, comme le dit Sacha, ce jeune ”demi-queer, demi-female” que j’ai pu interroger. Le samedi soir prend un véritable air de Woodstock, avec différentes soirées auxquelles nous réussissons (et c’est peut-être là la différence entre la différence de gens de gauche et gens de droite !) avec mes amis à nous fondre totalement dans le décor et à passer des moments d’anthologie. 

Clou de la soirée : une folle danse endiablée au son des démons de minuit avec rien de moins que le patron des verts, Julien Bayou en personne. Un homme qui, tel un Christophe Castaner en boite de nuit, sait se lacher quand il n’est pas devant les caméras (sauf la nôtre… !). Inutile de lui parler d’écologie, d’environnement, de pouvoir d’achat, de luttes intersectionnelles ce soir-là, à un moment où sa seule lutte est d’atteindre le bar pour se voir resservir une pinte. 

Et nous de comprendre que, finalement, la seule manière d’être ami avec un woke est de lui ressembler. Oubliez la différence, ils sont en réalité dans l’intolérance la plus frappante qui soit face à tout ce qui n’est pas comme eux, à savoir être libéré de toute pudeur, de tout tabou, de tout ordre moral. Et s’il n’y avait qu’une façon de s’en apercevoir, c’était sans aucun doutes celle-là : vivre quelques heures avec eux.

Fin de séjour sous haute-surveillance

Anasse Kazib, prétendant à l’élection présidentielle de 2022 / Images : Jordan Florentin

Il n’est pas chose aisée, pour un journaliste ”d’extrême-droite” (nouveau surnom attribué par une jeune demoiselle rencontrée la veille), de tenir plus de 2 jours à la Fête de l’Humanité. Et c’est le dimanche, avant de partir, lorsqu’on s’imagine pouvoir encore passer discrètement devant le stand du NPA et des amis d’Assa Traoré que l’on s’en rend compte. Aussi, pour avoir simplement tenu ma caméra lors d’une des conférences d’Anasse Kazib, dans un stand jouxtant celui du Nouveau Parti Anticapitaliste, je me suis vu entouré de plusieurs colosses, amis de Kazib et de Traoré, me demandant avec la fermeté que l’on imagine de ”tout supprimer”. Supprimer donc un discours tenu publiquement devant des centaines de festivaliers. Ayant évidemment stratégiquement déjà copié ailleurs mes différentes prises de son, je leur ai accordé avec bienveillance le retrait des vidéos présentes sur ma carte SD. Il ne fait pas bon être curieux et enquêteur à la Fête de l’Humanité, chez ceux qui cautionnent (et congratulent) à l’inverse leurs amis de Mediapart et autres torchons d’ultra-gauche dès qu’un de leurs journalistes peut mettre son nez dans le milieu de la droite (c’est-à-dire, à partir du Parti Socialiste).

ÉPILOGUE

De jeunes militantes “anarchistes”, “d’extrême-gauche” ou encore “révolutionnaires” / Images : Jordan Florentin

Un dernier tour et puis s’en va. Je ne résiste pas, après avoir rangé ma tente et mes affaires de camping, à m’installer sur la pelouse auprès de trois jeunes filles en train de discuter d’Éric Zemmour, pour leur dire explicitement ce que je réalisais comme tournage et avoir un échange cash avec elles. Trois jeunes femmes, étudiantes, les cheveux colorés, les aisselles velues, qui auront passé une vingtaine de minutes à me dire que mon travail sur la Fête de l’Humanité était ”abject et stigmatisant” pour la communauté de festivaliers présents. J’échange pourtant avec calme et professionnalisme avec elles : leurs valeurs ? leur idéologie ? la compatibilité entre islam et valeurs LGBT ? Mais malheureusement, elles n’ont daigné m’expliquer autre chose que ”l’Islam et la charia, ce n’est pas la même chose”.

”Mais qu’est-ce que vous racontez ! Il n’y a pas d’églises qui brûlent en France !”. Cet échange avec un couple de septuagénaires, juste avant de quitter les lieux, le dimanche à 17h, est peut-être celui qui m’a étonnamment le plus marqué tout au long de ce week-end. Un couple de personnes âgées, blanches, de bonne condition, qui, présents à la Fête de l’Humanité, devant le stand d’Assa Traoré, m’expliquent qu’il n’y a pas de problèmes contre les catholiques en France, et que ce n’est qu’un fantasme de l’extrême-droite. Je leur donne des chiffres, des faits, mais le dialogue s’interrompt là, et je repars, déboussolé.

Jordan Florentin

4 réponses

  1. vous êtes courageux , moi c’est pas possible que je tienne 10 minutes sans finir en garde à vue … je les verrais bien à kaboul aller simple direct .

  2. Chapeau bas Jordan !
    Votre immersion au cœur du Wokistan ne relevait pas du sens du devoir, mais d’un héroïsme évident chez vous…

  3. Merci pour la vidéo et l’article.
    Je pense que beaucoup de communistes doivent se retourner dans leur tombe.
    Ils devraient aller faire un petit stage en Chine, au Viet Nam et à Cuba.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

engage